"Le Net art on line - L'investissement d'Internet par les artistes contemporains:

Analyse d'un nouveau support de diffusion et processus de création à travers les œuvres d'une artiste belge: Tamara Laï"

par Mlle Georgia Lambillotte. Mémoire présenté sous la direction de Mme Danielle Leenaerts, en vue du titre de licencié en Histoire de l'Art, option Art Contemporain, Année académique 2005-2006. Université Libre de Bruxelles - Faculté de Philosophie et Lettres.

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CONCLUSION GÉNÉRALE

Le Net art, par son support, son moyen de diffusion et son outil de création, a une approche de l’art qui lui est propre. En effet, nous avons analysé l’exemple typique d’une artiste qui utilise le réseau dans ses capacités communicationnelles et qui exploite les potentialités programmatiques de l’ordinateur. L’artiste, à travers le réseau, établit des contacts avec d’autres qui, comme lui, cherchent à expérimenter différentes formes de création. Les communautés et liens qui se tissent entre eux aboutissent à des rapports étroits, générant des créations artistiques et débouchant parfois sur des rencontres réelles.
Le Net art a aussi considérablement modifié le rôle de l’artiste, sa place au sein de sa création, vue comme une localité du cyberespace à investir. L’œuvre (le dispositif) n’est plus immuable mais en quasi constante évolution. Les rapports que le spectateur entretient face à ces créations, demandent une participation active de celui-ci, qui se voit alors investi d’un rôle primordial par son implication dans le dispositif ou par sa simple activation. Le spectateur fait désormais partie intégrante de l’œuvre qui n’existerait d’ailleurs pas sans celui-ci. Il n’a donc plus une position de spectateur mais de "coauteur", voire d’ "activateur" par sa navigation. Il construit le sens de l’œuvre au fur et à mesure de sa visite, l’œuvre étant donc ouverte à toute interprétation. La polysémie du sens se voit également renforcée par les possibilités hypertextuelles propres à Internet. La hiérarchie entre le créateur et le public se brise donc de plus en plus.

Le message que l’œuvre transmet prime aussi parfois sur sa forme. Le but de notre artiste étant plus de toucher la conscience du public, que sa sensibilité purement esthétique. En effet, Tamara Laï se définit souvent comme "une empêcheuse de tourner en rond". L’artiste a un rôle quasi social par les thèmes qu’il aborde, s’engageant donc dans un combat souvent emprunt d’une idéologie communautaire, voire altermondialiste. L’œuvre devient ainsi un projet presque conceptuel, qui a la possibilité de s’incarner dans différents supports.
L’artiste crée pour lui mais aussi et surtout pour les autres. Sa situation est unique dans le sens que, pour la première fois sans doute, il ne peut pas vendre ses créations et ne recherche en aucun cas le profit lucratif. Cette position exceptionnelle explique peut-être aussi les besoins assez prononcés de la revendication de leur reconnaissance en tant qu’artiste. Les œuvres se veulent accessibles à tous, gratuitement et librement. Néanmoins, force est de constater que les contraintes techniques telles que l’accès à un ordinateur connecté, les plug-ins requis ou la qualité de la bande passante, sont encore des obstacles à surmonter. Malgré tout, les artistes du Net essayent d’atteindre un maximum de personnes.
Les formes créées n’en sont pas délaissées pour autant; l’ordinateur et le numérique permettent l’hybridation de différents médias qui offre la possibilité de composer un véritable environnement. Les caractéristiques propres au numérique telles que la base codée et ses possibilités de reproductibilité à l’infini, remettent aussi en question la valeur de l’œuvre d’art qui, jusqu’ à l’apparition de la photographie, était définie par son unicité. L’échange, l’appropriation et l’investissement d’œuvres d’autrui deviennent une pratique courante et font perdre toute la "sacralité" de l’œuvre d’art devenue ubiquitaire.
Le Net art bouleverse donc d’importants critères qui se sont établis tout au long de l’Histoire de l’Art et qui avaient déjà été remis en cause au cours du XXè siècle. Certains penseurs tels que Roy Ascott diront que nous allons vers une inversion des paradigmes culturels, d’autres, comme Mario Costa prônent les "technologies du sublime" mais, même s’il y a de toute évidence une rupture, il y a selon nous, malgré tout, une continuité. En effet, nous avons démontré que les artistes du Net transposent souvent dans leur univers des pratiques artistiques préexistantes, telles que par exemple, les performances, les correspondances, etc.

De plus, nous avons étudié dans le cadre de ce mémoire en exemple une artiste "conventionnelle" *. Mais les possibilités d’exploitation du réseau sont florissantes. L’artiste peut parfois être programmeur, mettre au point des installations excessivement complexes techniquement. En outre, le récent développement de ce mouvement artistique, entraîne des recherches en pleine ébullition et souvent expérimentales. C’est sans doute aussi une des raisons pour laquelle ce mouvement artistique a du mal à se faire reconnaître. Quelques musées et institutions commencent à s’y intéresser de plus en plus près et essayent de surmonter leur appréhension face à des œuvres instables, car quoiqu’on en dise, les faits sont là. Les artistes sont de plus en plus nombreux à s’emparer de la "Toile", en l’expérimentant ou comme simple moyen de diffusion. Les technologies numériques envahissent aussi l’art plus classique, car sont un formidable outil. Elles permettent de réels développements dans la création d’images, de textes, de poésies, de sons et c’est probablement notre manque d’accoutumance envers celles-ci qui instaure une certaine frontière.
Le Net art et l’art numérique tendent aussi à abolir les limites entre des domaines qu’on aurait crus opposés: l’art et l’informatique, l’un appartenant au sensible, l’autre à l’intelligible. Le Net art provoque donc un bon nombre de questions auxquelles il est difficile de répondre actuellement. Est-il simplement un phénomène de mode? Mérite-t-il d’être considéré à part entière? En tout cas, il remet, une fois de plus l’art en question, et provoque des débats animés entre technophiles et technophobes. En cela, il est selon nous, une forme d’avant-gardisme sans pour autant faire table rase.

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* J'entends par "conventionnelle" le simple fait que Tamara Laï utilise des programmes "conventionnels" (flash, shockwave etc.), cela sans altèrer sur la qualité de son travail - qui exploite Internet dans toutes ses possibilités : outil, médium, support, sans en oublier l'esthétique de ses œuvres - et que nous ne qualifions en aucun cas de conventionnel.